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Interview The Hyènes
Laura Maschio

The Hyènes


Arcadium d’Annecy - 26 octobre 2012 - Interview réalisée par Laura Maschio


 


Annecy, un soir pluvieux d’octobre, l’Arcadium invite Café Bertrand à enregistrer son DVD live pour son tout premier ‘Festiv’All the Music’. Eiffel est la tête d’affiche, les Hyènes ouvrent la soirée. Alors que les Caf B s’affairent sur scène, les quatre nous reçoivent à leur table et nous font l’amitié de répondre à quelques questions entre une bouchée de fromages savoyards et une gorgée de vin. Rencontre à l’image de leur musique : mi-sérieuse, mi-déconneuse.




On vous connait tous individuellement pour vos carrières respectives, on ne connait pas forcément très bien les Hyènes qui sont un projet atypique. Si vous deviez vous présenter en quelques mots…


Olivier : Ben on est des potes de Café Bertrand… [Rires]


Vincent : Donc, à la basse nous avons Olivier Mathios, qui est non seulement un bassiste mais un ponte de Landes Musiques Amplifiées …


Olivier : Oh putain il me parle du bureau, je vais fumer une clope !


Vincent : Il a joué notamment avec Ten Cuidado et les Timides qui sont un groupe de Punk Rock landais qui a tourné dans toute la France, un sérieux truc. Jean-Paul Roy a été backliner de Noir Désir… [rires]


J.-P. : J’ai été tourneur fraiseur exactement, c’est un peu tout ce qu’on peut en dire. C’est du toc… Mais j’ai fait plein de trucs dans ma vie.


Vincent : Non, Jean-Paul Roy a été backliner de Noir Désir puis est devenu bassiste de Noir Désir.


Denis : Après avoir buté l’autre…


Vincent : Et guitariste des Hyènes maintenant.


Denis : Dans son prochain groupe il sera pianiste de quelque chose…


Vincent : Non mais ce qu’il faut savoir c’est qu’il était déjà guitariste avant d’être bassiste, donc c’est un retour aux sources. Bon il y a eu les « Straight Big Fuckers » aussi mais c’était un projet obscur donc on ne va pas en parler. Et Denis Barthe qui est…


Denis : Le batteur d’Edgar de l’Est…


Vincent : … et de Blindfolded. Et moi, voyons, qu’est-ce que j’ai fait moi ?


Olivier : T’as fait le SIAM.


Vincent : J’ai fait une école de musique à Bordeaux assez importante, j’ai été animateur à Fréquence Grand Lac et j’ai joué dans un groupe de Punk en slip qui s’appelle Spooky Jam.




Et les Hyènes dans tout ça ?


Denis : C’est la réunion de quatre connards… Deux guitares, une basse, une batterie, un chant, des chœurs, avec la ferme intention de ne se laisser emmerder par personne, de pouvoir ce qu’on veut, quand on veut, comme on veut, ce qui est de moins en moins possible dans le monde où on vit.




Comment passe-t-on d’un groupe éphémère qui donne un coup de main à Albert Dupontel à un groupe qui tourne, enregistre des albums et est signé ?


Vincent : Par des concours de circonstances. C’est déjà l’opportunité de faire la musique d’un film [‘Enfermés Dehors’ NDR], qui est déjà quelque chose qu’on ne voit pas tous les jours, c’était une opportunité énorme. Après on nous a demandé si on ne voulait pas faire des concerts, ce qui n’était pas forcément prévu puisqu’on avait une B.O. donc pas beaucoup de chansons qui tiennent la route pour la scène. Donc on s’est dit qu’on allait monter un répertoire de reprises et de fil en aiguilles on s’est retrouvé à faire des concerts, puis des gens nous ont appelé en nous disant « on a vu votre concert pourri, c’était pas mal, vous ne voudriez pas en refaire un autre ? ». Petit à petit on a fait des compos, on s’est autorisé à faire des trucs qu’on ne faisait pas avec nos groupes respectifs, à savoir faire des reprises ou des chansons vraiment à la con, qu’on n’avait jamais fait ou osé faire.


 


Vous êtes labellisés at(h)ome, ce qui est généralement un gage de qualité quand on s’intéresse à la scène alternative française (Mass Hysteria, AqME, Lofofora, Prohom), comment êtes-vous arrivés chez eux ?


Vincent : C’est eux qui sont arrivés chez nous en fait. On s’est dit qu’on allait faire un deuxième album mais on n’avait pas une idée très précise des morceaux qu’on allait faire ni d’avec qui on allait les faire et c’est eux qui nous ont contactés. C’est un peu la frime quand même, un label qui te contacte... Ils nous ont dit qu’ils aimaient bien notre manière de fonctionner, notre musique… en gros que si on n’avait personne ils étaient là.


Denis : On s’est réunis 5 secondes et on s’est dit « ah putain merde on a un label, il ne faut surtout pas qu’ils voient qu’on n’en a pas d’autre ». On leur a dit qu’on allait réfléchir, en parler à notre management alors qu’on n’en avait pas et ça a été assez rapide. En fait on a eu tous les corps de métier d’un coup avec ce qu’il s’est passé. Ce qui est encore plus la frime c’est que ça a été un peu pareil avec le tourneur qui a dit qu’il aimerait bien nous trouver des dates donc on y est allé. C’était plutôt sympa. Et maintenant on a un manager avec qui ça s’est passé pareil.


 


Vous avez un regard assez désabusé sur les médias, la preuve avec certaines paroles du genre ‘Le pouvoir anesthésiant de la télévision sur les masses laborieuses’. À votre avis, d’où vient ce rapport de force entre les médias de masse et une musique pourtant dite populaire ?


Denis : La télé c’est un super instrument, le problème c’est qu’elle est hyper mal utilisée. Le monde marchand s’en est emparé et c’est toujours pareil, il faut satisfaire l’audimat. La télé n’invente plus rien alors qu’avant elle amenait des concepts d’émissions, de reportages… Là maintenant elle va chercher des concepts d’émissions à l’étranger, si possible aux Etats-Unis ou en Italie, on les ramène ici en France et on les adapte. La télé pourrait être un super truc si on enlevait le concept d’audimat. Je ne pense pas que le fait de vouloir créer une masse puisse être un gage de qualité. C’est pareil en politique, on devrait virer les sondages. Déjà ça les foutrait dehors tous ces connards et puis on n’en a rien à foutre. Ca pervertit l’élément de réflexion puisqu’obligatoirement quand il y a une masse il y a plein de gens qui ont envie de s’en rapprocher, de ne pas louper le train, d’être « in ». Si tu n’aimes pas ça, tu es naze, nous on part du principe que si on n’aime pas, on est peut-être naze mais on n’aime pas et c’est notre droit.


Vincent : On se rend compte aussi que malgré l’émergence des nouveaux médias, la télévision reste toujours superpuissante. On a beau dire que c’est en train de se faire bouffer par Internet, ce n’est pas du tout vrai, c’est vraiment une fenêtre que tu as chez toi.


Denis : Mais parce que c’est un membre de la famille. Elle a vraiment un pouvoir hypnotique, quand tu vois des gens qui regardent la télé, tu peux passer à côté ils ne te voient pas.


 


Pourquoi avoir eu envie de travailler, ou retravailler pour certains, avec Ted Niceley (Fugazi, Dirty Hands, Noir Désir) sur ‘Peace and Loud’ ?


Vincent : Là c’est encore un gros coup de frime… On s’est dit qu’on allait faire un album et on se demandait encore avec qui on allait le faire. Denis était en contact avec Ted et il lui a envoyé les maquettes pour qu’il nous dise ce qui était bien ou pas. Il lui a renvoyé un message en disant que c’était super et qu’il voulait faire l’album. On lui a dit que c’était gentil mais qu’on n’avait pas les thunes pour payer.


Denis : Il habite au Nouveau-Mexique en plus ce qui est un handicap… Mais il nous a dit qu’on allait s’arranger, qu’il venait, qu’on allait y arriver et qu’il faisait cet album.




Quels sont vos projets d’avenir, vos envies pour la suite, avec ou sans les Hyènes ?


Denis : L’album c’est vraiment un prétexte pour aller faire des concerts.


Vincent : On est arrivé à notre échec, on a baisé tout le monde : un label, un tourneur, un producteur et maintenant on fait ce qui nous fait plaisir, à savoir des concerts. Ca ne fait pas longtemps que ça a commencé mais ça se passe carrément plutôt bien donc on est content.


Denis : On y prend plaisir et, avec notre mode de fonctionnement, si l’on voyait qu’on commençait à s’ennuyer, que le public ou les organisateurs s’ennuyaient, enfin bref s’il y avait un truc qui nous faisait dire que ce qu’on fait ce n’est pas ça on arrêterait. Là le fait est que ça se passe hyper bien. Aujourd’hui si tu n’es pas un groupe qui arrive avec quelque chose de neuf, si tu n’as pas d’album, pas de tourneur, tu ne joues pas. Et puis surtout il n’y a plus aucun média que tu ne puisses toucher simplement. Il y a quand même eu un moment qui était le temps béni des radios libres, qui comme leur nom l’indique étaient libres. Une fois de plus, maintenant qu’elles ont été rachetées, elles nous ont fermé les portes.


 


On sait que vos routes se croisent depuis longtemps, que vous appartenez à la même bande d’amis, mais la rencontre avec Eiffel c’était quand, comment ?


Denis : Oh, pour moi c’était il y a longtemps. La rencontre s’est faite très tôt avec Romain puis rapidement Estelle. C’est des gens qui fonctionnent au coup de cœur, à l’instinct, et disons que c’est plutôt rassurant de tomber sur des gens qui n’ont pas forcément un plan de carrière, un truc établi, un fonctionnement très huilé. Je pense que chez Eiffel - eux le diraient mieux que ça, ou peut-être pas comme ça - mais je pense que c’est action-réaction. Il se passe un truc et ils réagissent en fonction. Là le nouvel album change totalement d’aspect, de conception, d’arrangements, c’est aussi une forme d’intelligence. Bien que j’aie un grand respect pour les gens qui tracent toujours le même sillon mais en ne le faisant pas toujours de la même manière. J’ai un grand respect pour des gens comme Springsteen ou AC/ DC qui suivent leur route mais en faisant à chaque fois des morceaux différents où tu te dis « ah oui, c’est eux, mais… ».


Vincent : Le côté rassurant chez Eiffel c’est Romain, pierre angulaire du groupe. Ce mec là il faut quand même dire qu’il écrit les textes, il sait jouer de tous les instruments, il sait écrire des partitions pour n’importe quel groupe… Quelque part je pense que s’il n’était pas sympa on l’aurait déjà buté depuis longtemps.


J.-P. : En même temps on sait où il habite !


Denis : Mais je sais quand même son point faible, il danse comme une patate !


Vincent : Ca c’est vrai, il danse comme une merde et il a des blagues pourries.


Denis : Donc ça va, on lui pardonne le fait d’être brillant. Ca contraste, il faut bien qu’il ait un défaut quand même.




Le mini-G3 du Rock français ce soir à Annecy avec Eiffel et Caf B, c’était l’idée de qui ? On n’a pas l’habitude d’avoir ce genre de soirées par ici…


Vincent : Oulah… G3… G2,5 plutôt…


Denis : On a vu l’affiche, on connaissait tout le monde, on a eu envie de jouer mais c’est une idée de Café Bertrand à la base.


Vincent : C’est une affiche très Rock français, qui est devenu quelque chose de très corporatif mais bon, on fait du Rock en France, il faut bien qu’on nous range quelque part, et on se retrouve dans une région où on a plein d’amis et ça fait plaisir de revoir leur face.


Denis : Et puis on a aussi intérêt à être tous soudés, comme on disait tout à l’heure, le business est sans pitié. Les gens du business se déplacent pour voir des concerts quand ils ont vu trois conneries à la téloche et pensent avoir fait le tour de ce qu’il se passe en France donc on a intérêt à jouer et ne pas être tout seul.


 


Vous avez déjà joué avec Eiffel, on se souvient notamment d’un bœuf sur ‘Girls Just Wanna Have Fun’ aux Rendez-vous de Terre Neuve en 2007. Vous projetez de renouveler ce genre de collaborations ou c’est simplement l’occasion qui crée le partage ?


Denis : Ca s’est vraiment fait sur le coin de la table.


Vincent : On s’est juste dit qu’on allait faire un petit arrangement pour promotionner les Rendez-vous de Terre Neuve parce que justement, c’est pareil, c’est un festival et quand tu as un festival qui démarre, c’est dur. Tout le monde a l’idée des festivals comme les Vieilles Charrues ou les gros trucs comme ça mais ça a beau être super les festivals, quand ça démarre c’est tout petit et c’est super dur. Les premières années tu perds de l’argent pour essayer de survivre et d’en perdre un peu moins après si ça marche. C’était l’affiche de cette année, il y avait Eiffel, il y avait nous, on a décidé de faire un petit truc.


Denis : Romain a débarqué à la maison, on a sorti un bout de batterie de ma fille, trois amplis vite fait et ça s’est vraiment fait sur le coup. Et ce n’est pas pour lui jeter des fleurs mais Romain il est capable de ça, de dire tiens on prend une guitare et on y va, ils ne sont pas beaucoup à pouvoir faire ça.


Vincent : Et puis Cindy Lauper quoi… Il n’a pas pris Léo Ferré ou Daniel Guichard, il a arrangé quelque chose et il y est allé.


 


Justement, c’est un des points communs que vous avez avec Eiffel, cette capacité à écrire à la fois des titres engagés et, à côté de ça, de faire des choses beaucoup plus légères. D’où vient cette alternance de sérieux et de déconne ?


Denis : Mais la vie doit être comme ça. J’ai toujours une réticence à dire que ça ne doit pas être plus compliqué que ça parce que la vie c’est toujours compliqué mais on devrait pouvoir se permettre de faire des choses très très simplement et d’autres choses tout à fait sérieuses. On revendique le droit à être crétin de temps en temps, ça fait vachement de bien. Des fois on est sérieux et responsables mais, avant tout, on fait de la musique donc, comme quand on a fait ce truc pour le festival, le meilleur moyen qu’on a de s’exprimer c’est de jouer puisque c’est ce qu’on fait de moins mal. Je suis toujours surpris quand dans certaines interviews on nous demande d’avoir un avis sur tout… Des fois on n’a surtout pas d’avis. On nous enlève des petites cuillères tous les jours, progressivement. On n’a plus le droit de faire ci, on n’a plus le droit de faire ça, de dire ci ou ça. Là on est parti du principe qu’on reprenait nos droits, qu’il fallait que la peur change de camp. C’est hyper important, l’autorité on l’emmerde. De quel droit on nous dirait ce qu’il faut qu’on fasse ? En quoi le fait de mettre un bulletin de vote dans une urne leur confère un pouvoir ? On leur confie une fonction, ce n’est pas pareil.


 


Eiffel innove sur son dernier album en utilisant par exemple pas mal de machines et de samples. Apparemment vous l’avez écouté, vous en pensez quoi ?


Denis : Bien sûr qu’on l’a écouté et il y a un vrai renouveau. On connait Romain, c’est un éternel insatisfait, ce n’est jamais fini et, surtout, ce n’est jamais assez bien. Là je trouve que sur cet album il y a un virage qui est assez net et qui est super intéressant. Alors évidemment il y a des aficionados qui vont être déçus que ce ne soit pas assez Rock et il y en a d’autres qui vont être super contents d’entendre de nouvelles choses. Il ne faut jamais regarder derrière soi, les gens qui veulent suivent ils suivent et les autres reviendront plus tard. Il ne faut jamais perdre confiance en soi et continuer le travail de recherche, de composition et d’arrangement. On a vu le concert hier et ils le retranscrivent sur scène [Romain entre dans la pièce NDR]. Bon là je ne peux pas trop le dire parce que c’est quand même un sacré connard mais… [Romain passe en chantant puis ressort].




Un mot pour les fans d’Eiffel ?


Vincent : Les fans d’Eiffel on vous aime et vous avez raison !


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 

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