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eiffel
Photo : Agnès Lesage

Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,

Bien l'Bonjour.

Dix jours "d'autre chose", sud-ouest/ sud-est, les amis, la requinque et ça respire déjà mieux. J'espère que vous allez tous très bien (même si la formule contient déjà l'idée d'une vaste utopie...)

Bon... j'ai enfin la possibilité d'ouvrir librement mon bec rapport à ce qui nous taraude depuis quelques mois. Me lancer dans une diatribe là dessus m'ennuie profondément car poindront à l'horizon des polémiques débiles comme certains savent si bien les engendrer, mais nous nous adressons aussi à ceux qui suivent notre histoire dans l'ombre et qui passent sans laisser de traces, il y en a. Il nous arrive (ainsi qu'à pas mal d'autres artistes, en ce moment ) ce qui nous est arrivé avec Oobik chez Warner en 96 .... Mais dans un tout autre contexte. Plus de maison de disque.

Eiffel a signé en 2000 chez Labels avec des gens adorables ("Abricotine", "Le 1/4 d'heure des ahuris", "Les yeux fermés" sont très bien travaillés, bon esprit, on se fait un public). Au moment de "L'éternité de l'instant", Labels se fait happer par Virgin (2004/2005) : certains d'entre eux sont virés ou mutés (jolies galères techniques, mais superbes moments). Arrive Tandoori où, franchement, je crois avoir passé les moments les pires... Au moment même de sa sortie, nous apprenons que Virgin se fait happer par EMI et que les dernières personnes avec qui nous avions initialement signé ne seront plus là d'ici peu...shiiiit... La sortie de Tandoori, en Janvier, est plutôt bien branlée, certains étant encore là.... Mais nous avons appris dernièrement (en Juin) que la nouvelle direction, une fois avoir viré un grand nombre des effectifs (dont nos potes), n'a plus rien fait sur Eiffel depuis début Avril (Le Bataclan). Plus personne avec qui communiquer... Avec de gros mensonges sur des points importants. Pas beau, pas beau..... Ce disque a donc été accompagné pendant deux mois: Février et Mars, Basta. Avec tout ce que cela comporte de difficultés pour la tournée et la promo de l'Olympia que nous avions décidé de faire avec l'ancienne direction....
Ne parlons même pas des non médiatisations en tout genre, médias qui, en général, sont déjà assez mal disposés à notre égard et réciproquement.... Enorme préjudice pour nous, nous avions un quatrième album en contrat avec eux (d'où avocats, mise en demeure etc...). Philippe Ascoli, nouveau patron d'EMI depuis Avril et, entre autres, auteur des Naast, nous a fait savoir en juin qu'il daignerait écouter les prochaines démos mais qu'il pouvait tout aussi bien nous rendre notre contrat, si nous le voulions... En l'espace d'une seconde, nous avons opté pour la deuxième solution. EMI France (et tant d'autres Majors maintenant), est une peau de chagrin, ça ne vit que sur des puddings rapportants encore assez (même si c'est quatre fois moins qu'avant).
Derniers soubresauts de l'illusoire "tout pour la culture populaire française". Fuite en avant. Vu la manière dont a été étouffé Labels, c'est mieux pour nous comme ça. Tous les gens que nous aimions n'y sont plus. Nous les remercions au passage pour tout ce qu'ils ont fait pour nous. Plus de maison de disque. Nous n'en cherchons pas.
Des difficultés donc, on compte violemment sur vous pour l'Olympia qui est, pour nous, comme un rêve de gamin.... On ne chiale pas, ce n'est pas la fin du monde. J'évoque juste la raison pour laquelle je suis plus à cran qu'à l'accoutumée. Eiffel est peut-être invendable, mais cela fait deux albums (avec L'éternité) où l'on ne nous a pas donné les moyens de le savoir. Et vendre un tant soit peu, pour nous, c'est juste pouvoir continuer.

Ne plus avoir de maison de disque ne constitue certes pas en soit un événement grave et suffisant pour se poser des questions. Qu'elle pourrisse, quasiment à la naissance, un disque dont, de surcroît , nous sommes très fiers...re-shiiit...

Il y a aussi les questions personnelles, savoir ce qu'on fout là, pour qui ? Pour quoi ? Des sentiments qui nous regardent. Estelle, Hugo, Christophe et moi-même ne jouons ensemble que depuis un an finalement. On a speedé pour essayer de gagner en cohérence mais nous ne nous attendions pas à ce Bronx.
Y est-on arrivés?
Des questions qui nous regardent.
La création doit-elle obligatoirement trouver ses marques dans l'empire d'un milieu sans fondamentales, sans idée de goût, sans rêves, sans culture donc, sans éducation et donc sans se joindre (voir de se mêler) à l'idée d'un lien social? La création est-elle désormais vouée à n'être qu'un support publicitaire ? Un gimmick, un slogan, un sourire nazi, une virgule entre deux euros, un truc qui, uniquement, passe bien et rassure?
On aime trop ce que l'on fait, sans naïveté, sans pause, pour accepter cela.

Le fait qu'il n'y ait eu aucun compromis de la part d'Eiffel depuis le début (des erreurs mais pas de compromis, demandez à notre manager...!!), ne nous a, certes, pas aidé, mais, de facto, nous met foutrement bien dans nos grolles.... et c'est de l'or. Par contre : j'ai lu trop de post qui parlent d'intégrité.... Arrêtez! Que nous adoptions telle ou telle position ne nous confère aucun talent. Nos agissements et leurs manières n'ont rien du panache puisqu'ils nous semblent naturels. Ils expliquent juste, en partie, certaines choses (refuser, par exemple, de virer un cri sur "Ma part d'ombre" afin de passer plus aisément sur Radio Lagardère....ça fait désordre). J'aime énormément David Bowie. Au niveau business, c'est pourtant un renard de première : peu importe, il me fout les frissons sur tant de disques.
.... après, quand on est cernés par une meute de renards qui, de plus, font de la daube, ça peut provoquer le bâillement ainsi que l'envie de ne pas mettre un seul ongle là dedans.....

Il faudra aussi, un jour, arrêter les comparaisons avec des trajets artistiques qui prennent leur sources il y a vingt ans de cela, à une toute autre ère, où d'autres choses étaient possibles. C'est pénible et vain.
Ca finit par faire "mono tâche".
Et ça tape là où fondamentalement ça ne peut pas faire mal puisque fondamentalement sain.

Nous ne pensons qu'à ce qui nous passionne : la musique.
Au fil du temps,(se cultiver, apprendre, se sentir tout petit...), cette passion me semble être de plus en plus intrinsèquement liée à la politique.
Le contexte, l'humeur, le temps sont en peau de vieille aigrie réactionnaire et trouillotante:
tout le monde tente de la sauver avant qu'il ne soit trop tard, Majors, Indés, Nébuleuses médiatiques, vendeurs d'Ipod etc.... En janvier, la fnac (qui avait elle même niqué tous les disquaires indés) est censée ne plus avoir de disques dans ses bacs...
Tout se passera donc sur le net. Pourquoi pas? Sauf que rien n'est clair là dessus et quand ça le sera, il se peut que nous retrouvions les mêmes aux commandes. N'est-ce pas déjà le cas ?
Pas d'invention. De la peur.

On s'emmerde sec dans ce Barnum: l'envie de se barrer, de disparaître, d'arrêter est donc là... Non pas d'arrêter de faire de la musique (Une quarantaine de chansons suffoque dans la besace), mais arrêter de la faire là, dans ce contexte, sous cette forme, avec les mêmes murs, les mêmes impossibilités, les mêmes impuissants du "ailleurs" et les mêmes technocancres en face, alors qu'il y a tellement d'autres lieux, d'autres terrains qui, à l'ombre et dans l'imaginaire, existent. Envie de se mouvoir, carrément. Mais peut-être pas dans cet élément.

Sur la forme, mais aucunement sur le fond, on est perdu.... On ne pourra pas nous reprocher un manque de mise à nu.
Bref, fin Décembre, Eiffel disparaît, continue, change de forme, on n'en sait foutre rien et c'est pas grave... Il n'y a aucun désespoir là dedans, aucune plainte (donc pas de "....ô les pauvres !....").Tout le monde s'en badigeonne le nombril avec le pinceau de l'indifférence.
C'est aussi la dernière fois que j'évoque ces gros gros doutes. Nous n'y sommes pas obligés.

On ne laissera aucunement tomber, dans la tête, jusqu'au dernier concert de la tournée.
Nous voulons prendre notre pied, l'Olympia, c'est pas rien dans la tronche, c'est chouette, on prépare des trucs.

Vous le sentez, le fait qu'un trouble apparaisse vient d'un "tout" et non pas du seul fait que nous n'ayons plus de maison de disque.

Que l'on remette la notion d'"artistique" au centre de ce bourrier. Que l'on bouscule la concentration médiatique dans les gouffres de l'enfer afin de remettre l'humain au centre de tout. Nous y verrions déjà plus clair. Utopie again.
Nous ne serons jamais un truc auquel on pourrait croire mais avec un oeil qui dit merde à l'autre, par contre, nous pouvons ne plus être .... c'est pas de la maso-frime, c'est pas de l'art et surtout pas une idée balancée en l'air. Ne plus être, c'est une liberté d'expression, (d'un ras le bol, en l'occurrence).

Continuer "d'une autre manière" ne s'envisagerait qu'en étant tous à 400% (comme d'hab...mais avec des emmerdes en plus). Etre "en indé" ne veut plus rien dire aujourd'hui en France, si ce n'est sur certains points. Le net, c'est la C.I.A. Myspace est un outil de fichage du monde : Palais virtuels géniaux avec fondations pas vraiment cool. Tout nous relie à d'infernales arborescences et en être conscient c'est se battre. La poignée de chansons dont nous parlons,( même s'il y a autre chose derrière...),n'est-elle pas une cause un peu dérisoire pour se battre ? Nous l'avons d'ailleurs assez chanté.... En même temps, on ne sait pas faire grand chose d'autre...

Impossible pour nous de faire les idiots du village : Il y a une passion, un "contexte" et un récepteur (vous). Ce contexte, on est viscéralement contre. On peut "être", mais pas "faire" sans. Nous n'arrivons plus à "faire contre" en son propre intérieur perversion qui, pour nous, dure depuis 2000). C'est donc l'exercice de notre passion, à titre public, qui est à remettre en cause.

Un doute ne se décrit pas, raison pour laquelle j'aurais tout aussi bien pu vous dire :
Fin Décembre, Eiffel disparaît, continue, change de forme, on n'en sait foutre rien et c'est pas grave...

Sur ce sujet, vous savez tout ce qu'il est possible de savoir. Puissiez vous nous faire plaisir en évitant les polémiques?

STOP.

Notre ami ingénieur lumière d'Eiffel s'est lancé dans la défense d'une cause tout à fait louable, on le suit dans son aventure. Ca se passe Samedi 15 Septembre à 10, 15 bornes de Bordeaux:

Happening musical avec des artistes régionaux concernés, soutenant La Marche Citoyenne en Opposition aux OGM le 15 09 07 à partir de midi à La Gare de Lugos, pas loin de Bordeaux.

Seront présents:

"La Collectore" (fanfare décalée)
Hereos de puta (Erwan solo project HDL)
Romain Humeau (Eiffel)
Michel Macias Quatuor
Thierry Carrere
Les Productions de L'Orchestre Maigre

Bouche à oreille pour le festival des terres neuves à Bordeaux le 5 et 6 Octobre , c'est un festival qui a besoin de vous pour se développer et continuer d'exister. Eiffel aura des invités: Lolo des Sleepers, Joe Doherty, Lolo des Hurlements, Nicolas Courret ....

Bouche à oreille pour L'Olympia, on en a besoin pour bien finir la tournée que nous avons commencé.


Je reviens vite pour parler de choses plus excitantes car il y en a beaucoup.

Merci d'être là.

Je vous embrasse. Romain.

PS : J'ai trouvé le match Springbox / Samoa complètement fou !




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