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Photo : Agnès Lesage

"Je ne suis qu'un artiste de variétés, et ne peux rien dire qui ne puisse être dit de variétés car on pourrait me reprocher de parler de choses qui ne me regardent pas." (L.Ferré)
Comme si je vous disais que l'industrie du disque allait très mal.
Comme si je vous disais qu'elle s'était sabordée au détriment des artistes, des musiciens, des créateurs. Ceux qui fournissent "la matière première", le "sujet", ou le "produit", comme vous voulez .
Comme si vous me disiez que vous le saviez déjà...
Comme si je vous disais que cela est bien pire que ce que vous
pouvez l'imaginer...
Comme si je vous parlais de la dernière braderie en date entre industrie du disque et plateformes de téléchargement/streaming afin de faire perdurer l'illusion encore 3/4 ans, que les holdings atteignent la retraite tranquillou.
Comme si nous vous disions qu'il s'agissait d'une arnaque à 0,004 euros par écoute pour les plus écoutés. Pour les autres: Que Nib.
Comme si vous me disiez que Thom Yorke, Adèle, Taylor Swift, Coldplay, Portishead et tant d'autres vous l'avaient déjà dit (….Portishead 34 millions de streams: 2500 livres…).
Comme si je vous proposais d'imaginer ce que, de fait, cela peut ne pas représenter pour des artistes à moindre notoriété.
Comme si je vous prenais pour des cancres et que je vous expliquais que la musique, (premier produit d'appel pour qu'une planète entière se laisse sucer le cerveau par Google et la Silicon Valley), avait perdu sa possibilité de financement, de régénération et de mouvement, la première. Le reste à suivre …
Comme si je vous disais qu'elle n'en est pas morte (et qu'elle ne peut tout simplement pas mourir… c'est du mouvement vibratoire…c'est toi, c'est moi ) mais qu'elle ne sait plus comment faire pour en vivre, ceci n'étant pas la même chose.
Comme si je m'autorisais à penser qu'elle trouvera la solution, mais seulement avec votre compréhension du problème.
Comme si je vous disais qu' "avant" (oh, oh! le fameux "avant"), les spirales plus ou moins vertueuses de l'industrie du disque alimentaient l'économie et la faisabilité des tournées. Mais que désormais les tournées aussi se meurent.
Subventions inexistantes, risques inexistants.
Que musiciens/techniciens ne peuvent plus être payés ( Même à 120 € net par concert avec la carotte intermittente. Ce qui est tout simplement dégueulasse. Nous ne sommes pas chômeurs professionnels. Que fout-on à Pôle Emploi ?).
Comme si je ne vous apprenais pas que nous sommes tous liés. Et qu'ici, managers, attachés de presse débutants, chevronnés, jeunes, moins jeunes, intéressés par les métiers périphériques à toutes musiques, journalistes, webzines/fanzines, journaux musicaux nationaux-régionaux, tourneurs, ingénieurs du son, assistants son, programmateurs de salles, chroniqueurs, jeunes éditeurs, directeurs artistique téméraires, studios d'enregistrement et de mastering , toutes cette manne d'espoir et de lien culturel (contribuant à plus de choix, de savoir, de liberté et donc moins de terreurs obscures quelles qu'elles soient) subissaient le même genre de dégâts collatéraux.
Comme si je vous disais qu'il ne fallait pas s'attendre à ce que l'état fasse quoi que ce soit. Que dire du privé...
Si ce n'est "dire qu'il feront, sans faire".
Comme si vous me disiez que cela ressemblait étrangement à ce que vous vivez dans vos différents corps de métiers.
Que vous aussi, l'avez mauvaise.
Comme si je vous disais que je le savais. Mes amis n'étant pas exclusivement artistes, mais plombiers, boulangers, techniciens, ébénistes, Informaticiens, médecins, libres penseurs, écrivains, chercheurs, professeurs, ingénieurs, bibliothécaires, médiateurs
etc …
Comme si je vous disais que j'achète avec plaisir et humanité ma baguette tous les matins Place Nansouty/Bordeaux et que j'ai du mal à comprendre que mes chansons, celles de mes contemporains et de mes potes, soient données gratuitement sur le net sans que l'on nous ait demandé quoi que ce soit.
Que ces mêmes chansons deviennent en filigrane et honteusement un support pour pubs.
L'idée de "propriété intellectuelle" disparaissant dans la foulée: idée progressiste, défendant une manière d'éthique et d'intégrité mentale, intrinsèquement salvatrice, à l'instar des droits de l'homme. Comme si je vous avouais que cela m'inquiète, et pas que pour moi. Loin de là.
Je ne peux faire que si l'autre fait, vis versa.
Oui, que cela me terrorisme, me captagonise, pour l'idée que l'on pourrait se faire de la place de la culture dans ce monde….
Musique=Pain…. Langage né bien avant le langage parlé.
Si la notion de sacré existait, c'est bien là qu'elle résiderait: la vie, le lien social par entremêlements savants des sons.
Il faut bien que certains s'en occupent et en vivent décemment sans se faire happer par le vide… Au delà des goûts, des modes et des consensus médiatiques trop souvent engendrés par le "poids" des projets et du coût de leurs promotions.
Comme si nous nous disions en avoir conscience et que nous n'avions finalement pas choisi d'être des personnes se servant gratos à l'étalage.
( OK: le prix d'un album, convenons en, est un peu haut: 4 schweppes agrumes, dont une cuillère à café pour petit saltimbanque…)
Que nous n'avions pas choisi d'investir dans Apple tous les deux ans via obsolescence programmée et destruction des yeux via lumière bleue
(…sur les yeux de tes gamins, ça marche encore mieux…).
Comme si on s'avouait qu' in fine on moutonnait sévère….
Comme si vous me disiez que le seul moyen trouvé par le "business du son" pour pallier au manque de moyen était de produire rapidos et à faible cout 90% de came merdeuse mais buzzante pour encore plus de court-termisme artistique.
Dans les 10% restant se mouvant de fabuleuses choses laissées en marge par à peu près tous le monde.
Comme si je vous disais que "Top de l'entertainment": peur de la mort, n'a rien à voir avec "Top de la création": donner vie.
Et que le premier Top évoqué, ayant toujours existé, est désormais d'une omniprésence plombante et mortuaire. Qu'il fallait nous en débarrasser.
Comme si vous me disiez de stopper mon vinaigre et qu'"il faut vivre avec son temps". Maxime utilisant la plus huilée des techniques de vieux aux dos courbés: le jeunisme.
On a tous entendu ça une fois dans sa vie. En forme de résignation.
Comme si je vous disais que "mon temps", "votre temps" , ce n'est impérieusement pas celui qui m'est, vous est imposé par les puissants et subliminalement carré profond dans nos caves respectives. Mon/votre temps, c'est celui qui me définit, vous définit. Il y en a autant qu'il y a d'êtres humains. Comme si je vous disais que la richesse humaine pouvait résider là, dans l'inter-temporalité, en clair: dans nos différences et leurs métissages. Et que cela ne pouvait en aucun cas être régi par un seul mode de communication, qui plus est, imposé.
Où, sommes nous tous, pour le coup, atteints de sénilité précoce ?
De servitude volontaire ?
Comme si je vous disais être conscient que ce genre de considérations pourraient toutes plus ou moins nous entrainer dans une baston générale.
Mais qu'il y aurait d'autres solutions… plus malignes… et dissidentes.
Comme si je vous disais que tout doit venir de nous.
Que je ne dis rien de neuf. Que je ne fais que participer en miniature, comme d'autres, à la transmission d'une donnée ridicule à l'échelle de ce qui se passe sur notre planète:
l'avenir de la musique enregistrée et vivante, le futur en son, nous l'avons dans nos mains. Pas grand chose comparé à la survie de la belle bleue... mais ça y contribue.
Sommes tous Colibri de Pierre Rabhi, quelque soit le domaine d'action-réaction.
Comme si vous me disiez que nous pourrions être une poche résistante et progressiste qui aiderait à trouver de nouveaux modèles.
Surprenant, inattendus, vivifiants et plus justes.
Comme si je vous disais que vu les sentences sus-citées, il va de soit que je vous encourage, et je m'encourage, à aller acheter de la musique, peu importe le support tant qu'il peut durer. Cela fera vivre tous les artistes que je connais, ce que je ne connais pas, moi y compris (faut pas déconner, ah ah!), et comme par effet de transitivité, ceux qui ne sont pas encore nés.
Ah…on y est….
Comme si vous me disiez:
"Romain, ta bafouille, c'est pour qu'on aille acheter ton disque!"
Comme si je vous disais:
"Pas loin chérie, mais pas exactement... Sur les disques, tu ne gagnes pas ta vie si tu n'en vends pas 70 000, ce qui est bien bien loin d'être mon cas ni celui de la majorité.
Mais, si tu vends un tant soit peu, tu peux en faire une tournée...
Attention ici "je" collectif:
"Et j'ai envie de jouer sur scène. J'ai envie de partager ce que j'ai écrit.
Avec mes potes, les gens que j'aime, et ce: devant vous.
Je veux en bouffer aussi si c'est possible.
Je n'aurai pas l'impression de voler qui que ce soit.
Et tant mieux si ça en fait bouffer d'autres!"
C'est sain, vertueux, et cela s'inscrit dans un long terme collectif.
N'importe quel autre artiste vous pondrait la même.
Comme si je vous confiais que malgré tout ce dégradé de sombre,
j'étais d'un aveuglant optimisme. Fonceur, confiant, "turkish-siciliano-catalano-bélier ascendant bélier" et que comme vous, j'en suis sûr: je ne me laisserai pas abattre.
Qu'il n'est mathématiquement pas possible que dans le futur, des oeuvres se créent sans qu'elles ne génèrent quelconque possibilité de vivre pour leurs auteurs.
Sans que la vie ne soit transcendée par leurs paraboles et que points
sombres ne soient exaltés par leurs bargitudes. Leurs axes perchés.
Sans que ceux qui créent de "vraies réalités" (non technocratiques donc), puissent changer l'idée du monde.
Comme si je vous encourageais juste à les aider afin de passer
le cap avant de trouver un nouveau modèle de "mano à mano", de diffusion et de monnayage, d' "AMAP sonore" .
Comme si vous me disiez que l'on n'avance pas seul.
Comme si je vous prenais au mot, rien de sexuel, et que je vous répondais: faisons le ensemble!
"Tu veux écouter la zizique? achète là ou file moi des gnocchis! Et il y aura des concerts chez toi, ces concerts là recréerons une dynamique dont d'autres artistes pourrons jouir, ils pourront créer eux aussi, et sortir leur musique. Elle sera achetée et provoquera leurs concerts etc… ad libidum" Vis versa. (Provoquer= Faire venir les voix).
Comme si vous me disiez : Pourquoi?
Comme si je vous répondais:
Parce que c'est très joli ma chère! C'est du vent dans vos cheveux! Cela secouera vos chaînes imaginaires et par là même, vos tendres fesses, parbleu!
En clair, et en ce qui concerne cette antique chose que l'on appelle "les disques", ceux dont vous avez envie:
Allez les acheter. Dès leurs sorties. Quel que soit le support.
Allez voir les concerts.
Que cela puisse faire mentir cyniques affairistes en tout genre (pas tous: espoir!) peuplant les couloirs de cette industrie moribonde, dépourvue d'enthousiasme, d'envie, d'idée et du feu sacré originel.
Nous, on se charge d'imaginer de nouveaux modèles
"Comme si je vous disais que la révolution, c'est peut-être une variété de la politique, et je ne vous dis rien qui ne puisse être dit de variétés, moi qui ne suis qu'un artiste de variétés." (L.Ferré)
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Elle est pas belle la vie?
Bises
QUIXOTE
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